Peut-on arrêter la cigarette et continuer à fumer des joints ?
Le joint contient du tabacEn France, le joint se roule presque toujours avec du tabac. Arrêter les cigarettes en gardant les joints revient donc à continuer de fumer du tabac, en plus petite quantité.
Le joint français contient du tabac
C'est le point de départ, et il est mesuré. En 2020, Santé publique France a interrogé les consommateurs sur leur dernier usage de cannabis. 94 % l'avaient fumé sous forme de joint, et parmi eux, 95 % l'avaient mélangé avec du tabac.
Autant dire que la question « arrêter la cigarette mais pas le joint » ne se pose pas vraiment dans les termes où on l'imagine. Vous continuez d'en consommer, sous une autre forme.
C'est une particularité française et européenne. Aux États-Unis, le cannabis se fume majoritairement pur, ce qui explique que les chiffres américains ne se transposent pas directement chez nous.
Que disent les études sur les fumeurs qui consomment aussi du cannabis ?
Une étude américaine a suivi 26 341 adultes pendant un an. Chez les fumeurs quotidiens, ceux qui consommaient aussi du cannabis avaient environ trois fois moins de chances d'avoir arrêté le tabac un an plus tard.
Deux réserves sur ce chiffre, et nous préférons les poser tout de suite. Il vient des États-Unis, où le cannabis se fume sans tabac, donc la mécanique n'y est pas la même que chez nous. Et il s'agit d'une observation, pas d'un essai : elle mesure une association, elle ne prouve pas que le cannabis provoque l'échec.
Du côté français, l'enquête la plus récente a porté sur 18 288 personnes. Elle associe elle aussi la consommation de cannabis à de moins bons résultats d'arrêt du tabac. Elle mesure 4,5 % d'adultes qui consomment les deux produits, contre 22,3 % qui consomment du tabac seul.
Ces personnes ne sont pourtant pas plus dépendantes à la nicotine que celles qui fument uniquement des cigarettes. Ce qui complique leur arrêt, c'est la quantité de tabac qui continue d'arriver par les joints.
Existe-t-il une méthode validée pour arrêter les deux ?
Non. Une revue française publiée en 2024 dans Alcoologie et Addictologie a recensé la littérature médicale sur le sujet. Elle a trouvé trois publications traitant de l'association des deux produits. Pour le tabac seul, il y en avait 677.
Aucun protocole d'arrêt conjoint n'est donc validé à ce jour. Si un praticien vous annonce un taux de réussite sur cette situation précise, il avance un chiffre qui n'existe pas dans la littérature médicale.
Ce que la revue recommande malgré ce vide : viser les deux produits, « même si le fumeur de cannabis ne souhaite pas arrêter le tabac », parce que les deux substances se renforcent l'une l'autre. Elle demande aussi aux professionnels de tenir compte de votre objectif, y compris quand vous ne voulez arrêter qu'un seul produit. Sur l'ordre à suivre, arrêter les deux ensemble ou l'un après l'autre, elle ne tranche pas.
Deux sevrages qui n'arrivent pas en même temps
Si vous arrêtez les deux, vous n'aurez pas deux fois la même chose. Les manuels de référence en psychiatrie décrivent deux tableaux distincts.
| Sevrage du tabac | Sevrage du cannabis | |
|---|---|---|
| Délai d'apparition | Dans les 24 heures | Dans la semaine |
| Appétit | Augmente | Diminue, avec perte de poids |
| Sommeil | Insomnie | Insomnie et rêves inquiétants |
| Symptômes physiques | Non requis | Au moins un signe marqué |
Les deux ont en commun l'irritabilité, la colère, l'anxiété, la fébrilité et l'humeur dépressive. Côté cannabis, le signe physique attendu est une douleur abdominale, des tremblements, de la transpiration, de la fièvre, des frissons ou des maux de tête.
Le manque de tabac démarre dès le premier jour, celui du cannabis arrive dans la semaine. Des symptômes qui reviennent au bout de quelques jours, alors que vous pensiez avoir passé le plus dur, correspondent au second sevrage qui commence.
L'appétit, lui, joue dans les deux sens. Il augmente à l'arrêt du tabac et diminue à l'arrêt du cannabis. La prise de poids redoutée après l'arrêt de la cigarette est donc en partie compensée quand les deux arrêts sont menés ensemble.
Le tabac contenu dans vos joints relève du même sevrage que celui de vos cigarettes, et il se traite avec les mêmes aides validées. Annoncer la quantité réelle de joints au médecin ou au pharmacien qui vous suit évite un dosage calculé sur une consommation incomplète.
Questions fréquentes
Les substituts nicotiniques sont-ils remboursés si je fume aussi des joints ?
Les substituts nicotiniques et la varénicline sont pris en charge par l'Assurance maladie, sur prescription. Le bupropion ne l'est pas. La prise en charge dépend de la prescription, aucun texte ne l'écarte pour une consommation de cannabis associée. Les substituts sont recommandés en première intention en France.
Faut-il arrêter le tabac et le cannabis en même temps, ou l'un après l'autre ?
Aucune étude ne compare les deux ordres. La revue française de référence sur le sujet recommande de traiter les deux produits, sans trancher la chronologie, et demande aux professionnels de respecter votre objectif si vous ne voulez arrêter que le tabac. La décision vous revient, elle ne repose sur aucune donnée comparative aujourd'hui.
Comment calculer ma dose de substitut si une partie de mon tabac passe par les joints ?
Ce calcul relève du médecin ou du pharmacien, et il a besoin du nombre de joints en plus du nombre de cigarettes. Une consommation déclarée partiellement produit un dosage calculé sur une partie seulement de votre tabac, donc un manque persistant que rien n'explique dans le suivi.
Le manque va-t-il être deux fois plus fort si j'arrête les deux d'un coup ?
Les deux sevrages ne se superposent pas. Celui du tabac apparaît dans les 24 heures, celui du cannabis dans la semaine. Ils partagent l'irritabilité, l'anxiété et les troubles du sommeil, mais l'appétit augmente à l'arrêt du tabac et diminue à l'arrêt du cannabis. Des symptômes qui reviennent au bout de quelques jours correspondent au second sevrage qui démarre.
Fumer des joints rend-il plus dépendant à la nicotine ?
L'enquête française menée sur 18 288 personnes ne trouve pas de dépendance nicotinique plus élevée chez les personnes qui consomment les deux produits. D'autres travaux, cités par la revue française, décrivent une majoration du risque de dépendance à la nicotine en cas d'usage quotidien de cannabis. Les données divergent sur ce point précis.
Arrêter les cigarettes en gardant les joints, est-ce que ça réduit vraiment ma consommation de tabac ?
Oui, en quantité. En 2020, 95 % des consommateurs qui avaient fumé un joint lors de leur dernier usage l'avaient mélangé avec du tabac : vous continuez donc d'en consommer, en moins grande quantité. Une étude portant sur 26 341 adultes suivis un an mesure par ailleurs trois fois moins de chances d'avoir arrêté le tabac chez les fumeurs quotidiens qui consomment aussi du cannabis.
Un praticien qui annonce un taux de réussite sur l'arrêt conjoint est-il crédible ?
Non. La revue française parue en 2024 dans Alcoologie et Addictologie a recensé trois publications traitant de l'association tabac et cannabis, contre 677 pour le tabac seul. Aucun protocole d'arrêt conjoint n'est validé, donc aucun taux de réussite propre à cette situation n'existe dans la littérature médicale.
Sources
- Le Nézet O, Philippon A, Lahaie E, Andler R, « Les niveaux d'usage de cannabis en France en 2020 », note OFDT et Santé publique France, novembre 2021, 6 p. (Baromètre santé 2020). Consulter la source
- Weinberger AH et al., « Cannabis Use Is Associated With Increased Risk of Cigarette Smoking Initiation, Persistence, and Relapse Among Adults in the United States », Nicotine & Tobacco Research, 2020, 22(8), p. 1404-1408. Consulter la source
- Barré T et al., « Prevalence and factors associated with tobacco and cannabis co-use in France: Results from a national representative survey », Drug and Alcohol Dependence Reports, 2025, 17:100381. Consulter la source
- Deschenau A, Malécot M, Underner M, « Prise en charge de l'usage combiné du tabac et du cannabis », Alcoologie et Addictologie, 2024, T44 N2, p. 23 et suivantes. Consulter la source
Cette page décrit ce que documente la littérature, elle ne pose aucun diagnostic et ne donne aucun dosage. Pour une aide au sevrage, Tabac Info Service (39 89), gratuit.