Combien d'années de vie le tabac fait-il perdre ?
Environ dix ans de vie en moinsUn fumeur qui continue à fumer toute sa vie meurt en moyenne dix ans plus tôt qu'une personne qui n'a jamais fumé.
Ce chiffre vient d'une étude particulièrement longue : 34 439 médecins britanniques ont été suivis pendant cinquante ans, entre 1951 et 2001.
Chez les personnes qui fument et présentent un surpoids important, l'écart atteint treize à quatorze ans.
Pour le tabac associé à une forte consommation d'alcool, en revanche, il n'existe pas de chiffre précis. Aucune étude n'a permis de mesurer directement l'effet des deux habitudes réunies sur l'espérance de vie.
Fumer avec des kilos en trop
L'étude de Framingham permet de voir ce qui se passe lorsque le tabac est associé au poids.
À Framingham, dans le Massachusetts, 3 457 habitants ont été suivis de 1948 à 1990. Ils avaient entre 30 et 49 ans au début de l'étude. Les chercheurs connaissaient leur poids, leur consommation de tabac et, lorsqu'ils sont décédés, leur âge au décès.
Toutes ces personnes étaient vivantes à 40 ans. Voici l'âge moyen auquel elles sont mortes.
Femmes
| Poids à 40 ans | Ne fume pas | Fume |
|---|---|---|
| Poids normal | 86,3 ans | 80,2 ans |
| Surpoids | 83,0 ans | 80,1 ans |
| Surpoids important | 79,2 ans | 73,0 ans |
Hommes
| Poids à 40 ans | Ne fume pas | Fume |
|---|---|---|
| Poids normal | 83,4 ans | 76,3 ans |
| Surpoids | 80,3 ans | 75,0 ans |
| Surpoids important | 77,5 ans | 69,7 ans |
L'étude publie ces valeurs sous une autre forme : le nombre d'années qu'il reste à vivre à partir de 40 ans. Une femme de poids normal qui ne fume pas en a 46,3 devant elle, ce qui la mène à 86,3 ans.
Une femme qui fume et présente un surpoids important a donc, dans cette étude, une espérance de vie inférieure de treize ans à celle d'une femme de poids normal qui ne fume pas.
Chez les hommes, l'écart atteint quatorze ans.
Si l'on compare uniquement les fumeurs entre eux, le poids joue aussi un rôle important. Entre un fumeur de poids normal et un fumeur présentant un surpoids important, l'écart est d'environ sept ans.
Le résultat concernant le surpoids est moins intuitif. Chez les fumeuses, l'espérance de vie est pratiquement identique avec ou sans surpoids : 80,1 ans contre 80,2 ans. Chez les hommes, l'écart est d'environ un an.
Chez les femmes qui ne fument pas, en revanche, le surpoids est associé à une perte d'environ trois ans.
Les auteurs ne donnent pas d'explication claire à ce résultat, même après avoir pris en compte le nombre de cigarettes fumées.
Il faut aussi replacer ces chiffres dans leur époque. Les participants sont entrés dans l'étude en 1948. Les traitements des maladies cardiovasculaires ont considérablement évolué depuis, tout comme les cigarettes et les habitudes de consommation.
Les auteurs soulignent néanmoins que l'écart observé entre fumeurs et non-fumeurs, de cinq à sept ans selon les catégories, correspond à ce que d'autres études avaient déjà trouvé.
Pour l'alcool, il n'y a pas de chiffre précis
On trouve beaucoup de chiffres sur les effets du tabac et de l'alcool. En revanche, aucune étude ne permet de dire précisément : « fumer et boire beaucoup fait perdre X années de vie ».
Les chercheurs ont surtout étudié les deux comportements séparément.
Une étude allemande a suivi 22 469 personnes recrutées entre 1994 et 1998, pendant onze ans en moyenne. Elle permet d'estimer, pour une personne de 40 ans, le nombre d'années de vie perdues associé à chaque habitude.
| Habitude à 40 ans | Années perdues, hommes | Années perdues, femmes |
|---|---|---|
| Plus de 10 cigarettes par jour | 9,4 ans | 7,3 ans |
| 10 cigarettes par jour ou moins | 5,3 ans | 5,0 ans |
| Surpoids important | 3,1 ans | 3,2 ans |
| Plus de 4 verres d'alcool par jour | 3,1 ans | Rien de mesurable |
| 120 g ou plus de viande rouge ou charcuterie par jour | 1,4 an | 2,4 ans |
Chez les hommes, l'ensemble de ces habitudes représente une différence estimée à 17 ans. Chez les femmes, elle atteint 13,9 ans.
Mais attention : il ne faut pas additionner ces chiffres pour calculer sa propre perte d'espérance de vie.
Un fumeur qui boit beaucoup ne perd pas mécaniquement 9,4 + 3,1 = 12,5 années.
Le tabac et l'alcool peuvent agir sur les mêmes maladies et les mêmes organes. Leurs effets se recoupent donc en partie.
On ne peut pas simplement additionner les deux risques. Et surtout, aucune étude n'a permis de calculer précisément de combien l'effet combiné est inférieur à cette addition.
C'est pourtant de cette manière que certains chiffres présentés en ligne comme « l'espérance de vie d'un fumeur et gros buveur » sont construits.
Chez les femmes, cette étude ne trouve pas d'effet statistiquement net de la consommation d'alcool sur l'espérance de vie. Cela ne signifie pas que l'alcool n'a aucun effet. Cela signifie simplement que cette étude n'a pas réussi à mettre en évidence un effet mesurable dans cette population.
Pourquoi trouve-t-on parfois cinq ou six ans au lieu de dix ?
Vous verrez parfois passer un chiffre très différent : le tabac ferait perdre cinq ou six ans, et non dix.
Les deux chiffres peuvent être corrects. Ils ne mesurent simplement pas la même chose.
En 2021, des chercheurs ont estimé l'effet du tabac, du surpoids et de l'alcool sur l'espérance de vie moyenne dans 30 pays européens, dont la France.
Pour les hommes, le tabac et les autres facteurs étudiés représentaient environ 6,6 années en 1990 et 5,8 années en 2014.
Chez les femmes, les chiffres étaient de 1,9 année puis 2,3 années.
Pourquoi une telle différence avec les dix ans dont on parle plus haut ?
Parce qu'ici, on parle de l'ensemble de la population.
Fumeurs et non-fumeurs sont mélangés. Si un adulte sur quatre fume, l'effet du tabac sur l'espérance de vie moyenne de tout le pays sera forcément beaucoup plus faible que l'effet observé chez les personnes qui fument toute leur vie.
Le même phénomène explique en partie les chiffres beaucoup plus faibles chez les femmes. Dans les générations étudiées, relativement peu de femmes avaient fumé pendant une grande partie de leur vie.
Aucun de ces chiffres ne permet de savoir quand vous allez mourir
C'est probablement le point le plus important.
Une espérance de vie est une moyenne calculée sur des milliers de personnes. Dans l'étude de Framingham, certains fumeurs sont morts à 55 ans. D'autres ont dépassé 90 ans.
Le chiffre moyen ne permet donc pas de savoir où vous vous situerez.
C'est aussi pour cette raison qu'il n'y a pas de calculateur d'espérance de vie ici. Un outil qui vous demande votre âge, votre poids et votre consommation de cigarettes avant de vous donner une date de décès ne fait pas une prédiction médicale. Il transforme une moyenne statistique en fausse précision.
En revanche, les études permettent de mesurer quelque chose de beaucoup plus concret : ce que l'on peut récupérer en arrêtant de fumer.
Chez les médecins britanniques suivis pendant cinquante ans, les personnes qui arrêtaient de fumer récupéraient environ :
- 10 ans si elles arrêtaient à 30 ans ;
- 9 ans à 40 ans ;
- 6 ans à 50 ans ;
- 3 ans à 60 ans.
Arrêter tard ne permet donc pas d'annuler tous les effets du tabac.
Mais arrêter tard reste bénéfique.
Pour être accompagné, Tabac Info Service propose un accompagnement gratuit, ainsi que le 39 89.
Questions fréquentes
J'ai 40 ans et je fume depuis vingt ans, c'est trop tard ?
Il vous reste presque tout à récupérer. Arrêter à 40 ans permet de regagner environ neuf ans de vie sur les dix que coûte une cigarette gardée jusqu'au bout. À 50 ans, six ans. À 60 ans, trois ans encore.
Passer à cinq cigarettes par jour, ça suffit ?
Non. En dessous de dix cigarettes par jour, la perte est de 5,3 ans chez les hommes et 5,0 ans chez les femmes. Au-dessus, elle atteint 9,4 ans et 7,3 ans. L'écart entre les deux groupes d'hommes est d'environ quatre ans, et il reste cinq années perdues dans le groupe qui fume peu.
Entre mes kilos en trop et ma cigarette, qu'est-ce qui me coûte le plus ?
La cigarette, très largement. Chez les fumeuses, le surpoids ne retire aucune année mesurable, et environ un an chez les fumeurs, quand fumer en retire cinq à sept. Un surpoids important est un autre cas : chez une personne qui fume déjà, il ajoute sept ans de perte.
Je fume et je bois pas mal. Ça fait combien, les deux ensemble ?
Personne ne le sait. Aucune étude n'a mesuré ces deux habitudes ensemble en années de vie. Prise seule, au-delà de quatre verres par jour, la boisson retire 3,1 ans aux hommes à partir de 40 ans. Chez les femmes, la même étude ne trouve rien de mesurable.
Je vais mourir avant 70 ans ?
Rien ne permet de le savoir pour vous. Ce qu'on connaît, c'est la proportion. À Framingham, 26,7 % des hommes qui fumaient et pesaient un poids normal sont morts entre 40 et 70 ans, contre 12,6 % de ceux qui ne fumaient pas. Chez les fumeurs présentant un surpoids important, 45,0 %. Chez les femmes : 18,7 % des fumeuses de poids normal, 34,4 % des fumeuses en surpoids important, contre 9,4 % des non-fumeuses.
Les sites qui calculent les années perdues, ça vaut quelque chose ?
Non. Ces valeurs sortent de groupes de plusieurs milliers de personnes suivies pendant des décennies, et à l'intérieur d'un même groupe les durées de vie vont du simple au double. Trois réponses dans un formulaire ne peuvent pas vous placer dans ce groupe.
Ces chiffres viennent d'où ?
De médecins britanniques suivis de 1951 à 2001, d'habitants du Massachusetts suivis à partir de 1948, et d'Allemands recrutés dans les années 1990. L'étude européenne de 2021 inclut la France, mais ses résultats par pays ne figurent qu'en annexes. Au 18 août 2026, aucune étude française ne publie l'espérance de vie des fumeurs selon les habitudes associées.
Sources
- Doll R, Peto R, Boreham J, Sutherland I, « Mortality in relation to smoking: 50 years' observations on male British doctors », BMJ, 2004, 328(7455), p. 1519 (34 439 médecins britanniques suivis de 1951 à 2001). Consulter la source
- Peeters A, Barendregt JJ, Willekens F, Mackenbach JP, Al Mamun A, Bonneux L, « Obesity in adulthood and its consequences for life expectancy: a life-table analysis », Annals of Internal Medicine, 2003, 138(1), p. 24-32 (Framingham Heart Study, 3 457 participants, suivi 1948-1990). Consulter la source
- Li K, Hüsing A, Kaaks R, « Lifestyle risk factors and residual life expectancy at age 40: a German cohort study », BMC Medicine, 2014, 12:59 (cohorte EPIC-Heidelberg, 22 469 participants). Consulter la source
- Janssen F, Trias-Llimós S, Kunst AE, « The combined impact of smoking, obesity and alcohol on life-expectancy trends in Europe », International Journal of Epidemiology, 2021, 50(3), p. 931-941 (30 pays européens, 1990-2014). Consulter la source
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